LA TRANSITION SOCIO-ÉCOLOGIQUE

Fondements . Enjeux . Réflexions

La transition socio-écologique
Ian Segers, mai 2017
VIRAGE 3.0

 

En proposant ce texte sur la transition socio-écologique, VIRAGE ne prétend pas forcer une définition stricte, universelle et consensuelle de la transition. Il s’agit plutôt de notre vision qui, éclairée par une multitude d’autres définitions et par une multitude d’initiatives dans le monde, inspire notre cœur, donne de la force à nos mains et influence notre tête pour s’investir dans ce si grand petit festival!

Un concentré de ces sources d’inspirations se trouve à la fin de cet article. Nous vous proposons 7 textes en français et en anglais permettant de déplier certaines idées évoquées dans ce texte.

 

Les transitions

 

L’idée de transition fût initialement introduite en 1972 par le Club de Rome dans son rapport intitulé « Halte à la croissance » (Meadows et coll., 1972). Les transitions désignaient alors les différents scénarios d’adaptation que nos sociétés pouvaient emprunter afin d’éviter les impacts négatifs induits par le mythe de la « croissance infinie dans un monde fini. »

En continuité avec cette idée de départ, la transition constitue aujourd’hui un vaste laboratoire de pratiques positives visant à développer des modes de vie plus résilients tout en anticipant les inévitables problèmes socio-écologiques qui naissent dans l’Anthropocène.

Le terme Anthropocène est proposé par l’Union Internationale des Sciences Géologiques (UIGS)[1] pour désigner la nouvelle Ère géohistorique dans laquelle l’humanité est entrée. L’Anthropocène succède à l’Holocène (les 20 000 dernières années) et pour justifier ce passage, les géologues témoignent de la présence d’une nouvelle strate géologique identifiable sur l’ensemble de la planète. Produites massivement par la civilisation industrielle, ces traces matérielles (comme le plastique, le béton, l’aluminium, ou la présence de radionucléides artificiels) se sont déposées au fil des 200 dernières années et témoignent d’une grande accélération de l’empreinte humaine sur l’écosphère.

L’Anthropocène est également caractérisé par des problèmes écologiques et sociaux se cristallisant autour de macro-problèmes socio-écologiques se renforçant les uns et les autres : crise alimentaire, crise économique et politique, crise climatique. Cette situation entraine l’humanité dans une zone d’incertitude où plusieurs limites, qu’elles soient climatiques, sociales, démographiques, écologiques, ou économiques sont atteintes ou en voie de l’être. Ainsi, l’humanité est devenue, avec ses connaissances, ses outils, son agriculture, son industrialisation et son économie une force produisant des transformations majeures dans l’écosphère, au même titre que les grands cycles biogéophysiques.

La transition c’est donc comprendre et accepter que notre modèle de développement socio-écologique arrive en bout de course, qu’il a atteint ses apories. Face à ce constat, l’idée générale de la transition c’est de bifurquer et d’essayer, ici et maintenant, de nouvelles manières de faire. Comme les résultats de ces changements sont incertains, c’est pourquoi nous parlons de transition : c’est un moment d’essais et d’erreurs inspirant·e·s pour la suite du monde.

 

La transition apparait à la fois comme un discours socio-écologique et un ensemble de pratiques visant de nouvelles façons d’habiter la Terre, de manière plus résiliente, conviviale et bienveillante. Ce mouvement planétaire est à la source de milliers d’initiatives citoyennes auto-organisées (Hopkins 2010). Citons en exemples les réseaux d’agriculture urbaine et les forêts nourricières, les circuits alimentaires courts, biologiques et locaux, la permaculture, les milieux de vie en en transition, l’économie circulaire, la décroissance, les systèmes d’échange locaux, les monnaies alternatives, les communs, la mobilité et la production énergétique post-carbone, la construction écologique, les chaires de recherches sur la transition ou l’analyse de cycle de vie, la démocratie dialogique et le municipalisme participatif, l’éco-conception, les approches psychosociales de l’effondrement. Il y en a à foison, partout dans le monde.

La transition, c’est aussi un champ de recherche multidisciplinaire. Les chercheur·e·s qui participent à l’émergence de ce champ de recherche sont principalement basées en Hollande, en Belgique, en France, en Angleterre et ici au Québec. Illes travaillent à partir de disciplines multiples : sociologie, anthropologie, génie, gestion, physique, biologie, écologie, éthique, architecture, agriculture et globalement, cherchent à comprendre :

 

  1. Que sont les transitions? Il s’agit de comprendre et de décrire les transitions. Celles d’aujourd’hui, mais aussi celles d’avant, comme l’Égypte des pharaons, le Japon des Shôgun ou celle des Iroquoiens du Saint-Laurent. Mais la transition ne se limite pas aux sociétés humaines, elle existe aussi dans les systèmes biologiques et chimiques, voire cosmiques. La transition a donc effectivement quelle chose d’universel: tout se transforme tout le temps.
  2. Quelles sont les trajectoires de transition? Quelles sont les interactions liant ce que les chercheur·e·s appellent les niches de transition, les régimes socio-techniques et les paysages? Les niches de transition représentent des petits groupes auto-organisés, très réactifs, qui s’organisent, testent et proposent des alternatives aux régimes socio-techniques. Ces régimes incarnent les grandes institutions de notre culture qui permettent à la société de se reproduire. Il s’agit par exemple du système de justice, du système d’éducation, de la prise en charge de la santé publique, du système agroalimentaire, routier ou économique. Ces régimes sont en quelque sorte verrouillés. Comme leur finalité est de se reproduire sans trop d’embrouilles et qu’ils ne sont pas très à l’aise dans le changement, les régimes tentent plutôt de générer des conditions favorables à leur maintien. Finalement les niches et le régime sont influencés par les paysages. Ces derniers représentent les grands enjeux planétaires, plus flous, imprévisibles et dont les impacts sont à larges spectres. Il s’agit par exemple des changements climatiques, de la finance internationale ou de la chute des ressources naturelles renouvelables et non-renouvelables. Dans cette perspective multi-niveaux, l’idée est d’observer comment s’exercent et se propagent les transitions.
  3. Comment participer à accélérer les transitions? Comme chercheur·e, comment rester dans une démarche scientifique tout en étant en accord avec les valeurs et les finalités poursuivies par « l’objet social étudié »? Cette question amène à réfléchir sur la nature des liens entretenus entre le-la chercheur·e et son sujet d’étude. L’objectif est de développer des méthodologies de recherche permettant l’accompagnement des transitions par la recherche.

En plus des initiatives et de la recherche, une approche de gestion, inspirée par les résultats et les hypothèses de recherches, a été développée afin de piloter la transition. Finalement, s’attarder à comprendre les écueils de notre civilisation et constater les immenses embuches à la co-construction de nouveaux modes de vie, entraine son lot de oh shit moments! Dans une approche psychosociale du changement, il faut prendre soin de notre vie affective et éco-psychologique (oui oui!). Tel qu’illustré dans le schéma suivant, cette approche vise à augmenter la résilience individuelle et collective et à accompagner les inévitables deuils qui s’imposent dans un système en effondrement.

 

 

Schéma 1 : La courbe du deuil. Illustration réalisée par Matthieu van Niel.

 

 

Dans ce contexte, réfléchir collectivement au sens de nos actions, même les plus banales semble une riche idée. Si l’objectif global du festival VIRAGE est de participer à la création d’une société post-capitaliste, le but particulier est de créer des liens, de construire des connexions et de participer à tisser le canevas de la reliance. Il s’agit de connecter la tête, les mains et le cœur, individuellement et collectivement pour inspirer nos actions et leur donner du sens.

La tête

Il s’agit de comprendre notre monde par ses dimensions conceptuelles et intellectuelles. En s’exerçant à chercher, à analyser et à s’interinfluencer, il devient possible de polliniser nos imaginaires et de faire naitre de nouvelles idées.

 

Les mains

Les mains impliquent la mobilisation et la transmission de savoirs-faire, de savoirs-être et de savoirs-connaître dans une volonté d’apprentissage collectif. L’idée, c’est de (ré)apprendre comment faire les choses, mais aussi à les déconstruire et à réparer le matériel autant que l’immatériel.

 

Le cœur

Faire confiance en ce (re)liant à soi, aux autres, à la nature et célébrer notre co-dépendance à cette inestimable communauté de destin planétaire. Ressentir autrement les relations entre les humains et les non humains. Et tant qu’à explorer de nouvelles narrations du monde et co-construire d’audacieuses éthiques post-capitalistes, autant le faire dans le dialogue et la diversité des points de vue.

 

Bienvenue dans le corps de VIRAGE!

 

 

[1] Pour consuler le site de l’UIGS: www.iugs.org/

Suggestions de lectures
sur la Transition

Texte 1

Audet, R. (2016). Le champ des sustainability transitions : origines, analyses et pratiques de recherche. Cahiers de recherche sociologique, (58), p. 73-93. https://doi.org/10.7202/1036207ar

Ce texte retrace les origines et les questions fondamentales propres au champ de recherche sur la transition socio-écologique. Premier texte en français sur le sujet et premier texte issu de la chaire de recherche UQAM sur la transition.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 2

De Muynck, S. (2011). Initiatives de Transition : Les limites du mouvement. http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/initiatives-transition-limites-mouvement.

Les initiatives de transition fleurissent partout dans le monde. Leur vision positive et leur enthousiasme envahissent les discours et les esprits. Mais rares sont les critiques ouvertes et explicites. Loin de vouloir déforcer le mouvement, cet article s’emploie à en faire la critique, afin d’en déceler les limites et faiblesses potentielles, dans une optique constructive.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 3

Émilie, E. (2014). L’Anthropocène et la destruction de l’image du Globe. In De l’univers clos au monde infini, éditions Dehors, Paris, p.27-54.

Ce texte philosophique questionne le sens de cette nouvelle période qu’est l’anthropocène et la redéfinition de la relation Nature/Culture que cela tant à redéfinir.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 4

Roorda, C., Wittmayer, J., Henneman, P., Steenbergen, F. van, Frantzeskaki, N., Loorbach, D. (2014). Gestion de transition dans un contexte urbain: un guide. DRIFT, Université Erasme de Rotterdam, Rotterdam

Cinq villes européennes ont pris l’initiative d’élaborer le concept de gestion de transition, une approche de gouvernance visant à créer un espace pour le développement de nouveaux paradigmes et de nouvelles pratiques, afin d’aborder la question du changement climatique d’un point de vue local. Le présent guide se propose de présenter le concept de gestion de transition, illustré par les expériences de cinq contextes urbains différents.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 5

Geels, F. W. (2005). Processes and patterns in transitions and system innovations: Refining the co-evolutionary multi-level perspective. Technological Forecasting and Social Change, 72(6), p.681-696. https://doi.org/10.1016/j.techfore.2004.08.014

Article qui définit les différents éléments de l’analyse multi-nivaux : les niches, les régimes socio-techniques et les paysages et les différentes trajectoires de transitions.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 6

Duran-Folco J. (2015). Bâtir, habiter et penser la transition par le milieu. Milieu(x), numéro 2, Éditions Habiter, Québec, p. 51-57.

Texte écrit par un des conférenciers invité à Virage en 2016. Ce texte traite des communs, des milieux de vie en transition, du changement interstitiel et de la nécessité de plonger notre culture dans la transition.

Consulter le document complet ICI.

 

Texte 7

Steffen, W., Broadgate, W., Deutsch, L., Gaffney, O., & Ludwig, C. (2015). The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration. The Anthropocene Review, 2(1), p, 81‑98. https://doi.org/10.1177/2053019614564785

Texte fondateur qui identifie les grandes caractéristiques de l’anthropocène et qui s’attarde particulièrement à ce que les chercheurs appellent la Grande Accélération soit la société occidentale entre 1750 et maintenant.

Consulter le document complet ICI.

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